Tirages originaux


L'histoire de la photographie est liée à celle de la peinture. La photo argentique, face à l'avènement des outils dits "numériques" connaît depuis quinze ans les mêmes interrogations que connurent le dessin et la peinture lorsqu'au XIXe siècle apparaissait la photographie, créant des réactions d'inquiétude chez les peintres vis à vis d’un procédé qui risquait de leur faire perdre leur “gagne-pain". On verra en effet disparaître progressivement certaines pratiques telles que les portraits sur toiles (n'oublions pas la notoriété de Nadar en 1856), plus tard les dessins dans les journaux illustrant les événements et proche de nous, qui ne se souvient des catalogues de vente par correspondance de nos aïeules, entièrement illustrés de dessins au trait. Ainsi certains aspects utilitaires du dessin et de la peinture disparaîtront à partir de la fin du XIXe jusqu'au milieu du XXe, la photo étant devenue plus  « efficace », « pratique », « rentable ». De même aujourd'hui, répondant à des impératifs de rapidité et de coût, nous avons vu disparaître en grande partie l'usage du procédé argentique au profit de l'image numérique devenue très qualitative même si une nouvelle génération se passionne pour les interprétations sur « instruments anciens ».


Au XIXe, comme en réponse à la photo naissante, grâce au mouvement impressionniste, la peinture allait démontrer le caractère irremplaçable de son langage. De même, confrontée aux nouvelles technologies, la photo argentique aujourd'hui a l'opportunité d'exprimer ce qui lui est spécifique. Image latente imposant une alternance de temps d'action à la prise de vues puis de temps de réflexion dans l’attente du résultat après développement, valeur documentaire des tirages issus de négatifs non falsifiables, enfin, séries de tirages limités par obligation, car réalisés selon l'expression de Jean-Pierre Sudre, « à partir d'un véritable combat gestuel avec la lumière ».

Voici le texte que celui-ci écrivait à l'occasion de l'exposition de Jean-Loup Sieff à la galerie « La Demeure » à Paris en 1968. « La création d'un département de photographie parmi les activités d'une galerie d'art revêt plusieurs significations : affirmation de l'importance de l'art photographique par l'organisation d'expositions des oeuvres des grands maîtres contemporains incluses définitivement dans le programme des autres formes d'expressions artistiques traditionnelles. Justification réelle du plus important des moyens créatifs modernes par la volonté de ne montrer que des oeuvres à tirage unique ou limité, imposant ainsi au créateur, comme au public, “l'image de référence", définitive dans ses dimensions, sa conception, son style ; épreuve d'autant plus précieuse, à l'encontre de l'estampe obtenue par contact, qu'elle naît à la fin d'un combat gestuel avec la lumière et des réactions physico-chimiques contrôlées qui la révèle ».

Ici intervient le projet de la photo-galerie de Banyuls et de ses deux orientations.

C'est le nombre de tirages limités d'exemplaires qu’impose l'usage de l'agrandisseur optique, de même que la nature infalsifiable du tirage qu'il procure (face aux tireuses que l'on pourrait nommer numériques*) qui amène à obtenir des tirages rares (il en est de même des bronzes pour la sculpture par exemple que l'on réalise en un nombre limité d'exemplaires par obligation légale certes, mais aussi par la contrainte du travail dans l'atelier du fondeur).

Mais nous avons souhaité vendre des tirages en série limitée à côté de ces tirages argentiques, cette fois exécutés à partir des nouvelles technologies de traceurs, sur de beaux papiers texturés. Ces tirages de plus grandes dimensions peuvent être vendus à des prix inférieurs à celui des tirages argentiques que je réalise personnellement à l’agrandisseur en 18 x 24 cm. Au laboratoire on sait que chaque tirage est un défi où la moindre erreur, le relâchement de la concentration, amène un échec irréversible (par ailleurs deux tirages n'y sont jamais identiques). Le traceur ne connaît cette contrainte car le travail est réalisé en amont après numérisation du film et préparation du fichier d’impression.

Il est nous ainsi possible de proposer à côté des tirages de dimensions proches du 18 x 24 cm réalisés à la main à l’agrandisseur, les mêmes sujets mais dans une dimension plus grande, le 30 x 40 et le 40 x 50 étant des standards  si l’on considère les contraintes décoratives d’habitat.

Les dimensions réduites de nos tirages argentiques procèdent d’un souci environnemental, le lavage des épreuves définitives nécessitant d’autant moins d’eau que le format est réduit. D’autre part les collections historiques des photographies du XXe se situaient proches de ces petits formats, n’oublions pas qu’une des plus grandes écoles consistait à réaliser par contact des tirages à partir de prises de vues sur plans-films de 20 x 25 cm (travail à la chambre dite de grand format).

Deux types de tirages, deux démarches. Le concert, le CD. Dans le premier cas le musicien se risque avec sa fragilité à un dialogue avec le public. Dans le second, par les retouches et les prises successives on obtiendra une autre forme de perfection. Chacune d’elles a sa place.


Pour tout renseignement appeler le 06 95 77 78 09 – parcephotographie@gmail.com

65 avenue du Puig del Mas, Banyuls-sur-mer, sur rendez-vous.


*Dans la tireuse que je nomme numérique le papier argentique est insolé comme dans une flasheuse, cela s'opérant à partir d'un fichier (négatif ou  diapo scannés, voire image digitale dès la prise de vue avec téléphone ou autre outil). De telles images peuvent ainsi être retouchés, contrairement à l'agrandisseur que je nomme optique où l'image du négatif est directement projetée sur le papier sensible.   


Augustine, 2019